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Reims et la méthode Guion.

Reims et la méthode Guion.

Alors que le Stade de Reims se dirige tranquillement vers la Ligue 1, que des records pourraient bien tomber, qu'un titre de champion va garnir la vitrine à trophée du club, il est temps pour moi de décortiquer le style David Guion.

Guion et le football :

Ex-défenseur professionnel, le natif du Mans a disputé plus de soixante-dix rencontres de Division 1 du côté du LOSC et d'Angers. On oubliera vite son aventure sedannaise pour se concentrer sur sa reconversion comme entraîneur. Cantonné aux ligues inférieures, au rôle d'adjoint ou encore à la formation, son exploit aux yeux du grand public restait un quart de finale de Coupe de France avec Chambéry en 2011. La mission confiée par Jean-Pierre Caillot comme directeur du centre de formation avait pour but d'installer un style de jeu commun aux différentes classes d'âge, et cela a payé. Une finale de Gambardella, un titre de champion de France U19 et quelques coupes/montées annexes ont récompensé son travail aux côtés d'entraîneurs-formateurs tels que Franck Chalençon. La récompense ultime du formateur étant la signature de contrats professionnels, les exemples sont nombreux avec les Kyei, Pefok ou encore Ndom.

Sa culture foot est faite d'organisation défensive n'empêchant en rien une construction du jeu allant de l'avant. Construire un groupe n'est pas toujours chose évidente, avec son lot de contraintes (joueurs sous contrats non désirés, relation avec sa direction, le rapport aux supporters...). On a souvent entendu parler de valeurs propres à l'Institution rémoise. L'état d'esprit d'un groupe fait bien entendu parti des ingrédients nécessaires à la réussite sur le terrain mais les dirigeants et entraîneurs successifs s'étaient souvent moqués de nous, faisant croire que l'ambiance était saine. Dans une interview à So Foot en Septembre dernier, http://www.sofoot.com/david-guion-les-emotions-sont-belles-quand-on-peut-les-partager-447687.html, ses mots sont forts : discipline, solidarité, diversité dans les entraînements et proximité entre staff et joueurs. Son but final : prendre du plaisir, vivre et transmettre des émotions. Son interview sur le site officiel du club suite à sa nomination l'an dernier http://stade-de-reims.com/david-guion-experience-serenite/, transpire le foot, tout ce que n'avait pas su faire Guégan ou Der Zakarian qui étaient davantage dans le dépassement de soi, dans le combat. Je l'ai souvent dit dans mes articles mais l'ADN du Stade de Reims, sans tomber dans le cliché du football champagne des années 50, est fait d'un jeu positif. Bien entendu tout les matchs cette saison, et ce malgré le plein de victoires, n'ont pas été de grandes réussites footballistiques mais Guion a réussi le plus dur après des années de disette, redonner un style de jeu à un club qui s'était perdu sportivement. 

Guion et son staff :

Jerôme Monier et ses montages vidéos rétrogradés pour diriger la réserve en National 2, David Guion décida néanmoins de conserver le meilleur préparateur de la planète dixit JPC (j'en rajoute un peu...), Laurent Bessière et l'entraîneur des gardiens aux gants troués, Sébastien Hamel. Le premier cité, pas épargné par les blessures de ses joueurs cet hiver, nous montre tout son apport. David Guion exigeant régulièrement des pressings très haut sur l'adversaire peut compter sur des joueurs au meilleur de leur forme. "O'Monstro" Da Cruz est un tout autre joueur, physiquement taillé pour les, primordiales, joutes du milieu de terrain aux côtés d'un Xavier Chavalerin au top de sa forme, à l'activité incessante. Diego Rigonato, certes dans la nécessité de se montrer à son avantage dans sa dernière année de contrat n'avait plus affiché un tel rapport vitesse/puissance depuis sa saison 2012/2013. La patte Hamel se ferait-elle également sentir ? Mal inspiré, ou pas aidé par les faiblesses des Agassa, Placide ou Carrasso, je doutais sérieusement de son apport. Mais l'éclosion d'Edouard "Doudou" Mendy est à mettre à son crédit. A t-il clairement énoncé son souhait à Guion de le désigner numéro 1 ou la blessure en préparation de Jojo a t-elle été une simple opportunité ? Qu'importe, l'inexpérimenté franco-sénégalo-bissau-guinéen a explosé les compteurs avec une dizaine de clean-sheet, une autorité sur sa défense et un jeu au pied en plein développement. Carrasso semble voué à remplir le rôle d'un Liébus en 2012, accompagnateur au service d'un club qui peut lui faire vivre une nouvelle montée sans oublier les intérims réussis de Nicolas Lemaître. Cette cohésion dans le staff est aussi dûe à l'apport des Stéphane Dumont et Christophe Raymond, proches du groupe et liens entre celui-ci et Guion. Ils veillent au bien-être des joueurs, à la variété des ateliers proposés. Lui aussi passé par la formation du côté du LOSC, Dumont semble inscrire ses pas dans ceux de Guion. La symbiose entre jeunes et anciens est tâche complexe dans le football actuel, c'est aussi la réussite de ce staff plein d'avenir.

Le Quinté dans l'ordre.

Guion et ses dirigeants :

Quand tout va, on entend pas ou peu la direction rémoise. Fatigué par les pleurs incessantes de Der Zakarian à l'encontre de l'arbitrage, la machoire meurtrie à coups de paquets de chewing-gum de Jean-Pierre Caillot a faillie rendre l'âme. Des erreurs il en a faites, mais son dernier pari, celui de nommer le directeur de la formation au poste d'entraîneur principal, est une pleine réussite. Caillot fait confiance aux hommes, et il a pu mesurer tout le travail effectué depuis des années par Guion au club. Il déclara au journal le Télégramme "Pour nous il a le profil idoine, il connaît toutes les facettes du football". Une sorte de condensé des Fournier, Vasseur et Guégan ? L'idée présidentielle était de donner du temps à Guion, contrat de 3 ans à la clé. Il fallait effacer l'affront de la 7ème place de l'an passé, résister à la tentation de tout envoyer balader pour construire autour d'un projet enfin tourné autour du rectangle vert. Des joueurs courtisés comme Jeanvier sont conservés, des jeunes bien connus de l'entraîneur promus ou renouvellés jusqu'en 2020, bref on transmet de la confiance et du pouvoir à Guion. Comme il connaît si bien le football, peut-on imaginer (où est-ce déjà le cas ?) un Guion manager, gérant l'équipe professionnelle comme la cellule de recrutement ? Un directeur sportif à son importance mais si il n'est pas en connexion avec l'entraîneur, il devient un potentiel intermédiaire nuisible avec les joueurs, les agents et bien-sûr la direction. Affaire à suivre, mais le silence hiérarchique est souvent gage de bons résultats !

Poignées de mains institutionnelles.

Guion et ses joueurs :

Le coach champenois a donc quasiment transformer des moutons en chevaux de course, galopant vers le titre de champion de Ligue 2. Autour d'un bloc organisé principalement en 4-4-2, pour couvrir le maximum de terrain, le jeu guionesque se déploît principalement sur les côtés. L'ambition de jeu a été inégale selon les rencontres mais il faut tenir compte des aléas d'une saison. L'absence de Koné, blessé gravement au genou, a contraint le staff rouge et blanc à revoir sa copie en jouant plus direct sur un Chavarria en pointe. La capacité de l'argentin a conserver le ballon dos au but, à prendre la profondeur, à combiner avec ses partenaires est le facteur X de cette deuxième partie de saison. Guion est un pragmatique. Anatole et Kyei n'y arrivant pas, il a sorti Oudin du placard pour replacer Pablo à un poste plus adapté à ses qualités. Le jeune rémois déclara dernièrement sur le site officiel : "j’ai parlé avec le coach, il m’a expliqué certaines choses que j’ai appliquées". Guion communique, explique et conseille ses joueurs pour les faire progresser. On voit bien la marque du formateur. Dans sa gestion du onze de départ on peut observer un certain bricolage, subi par la multiplication des pépins physiques à l'image de l'alternative Marvin Martin, garant du jeu à une touche de balle, mais ce bricolage est maîtrisé. La haine de la défaite propagée séance après séance, la culture de la victoire enfin de retour dans le club a balayé les doutes avant même un éventuel sprint final. Reims sera promu en Ligue 1 la saison prochaine, et ne s'en contente pas, cherchant à gagner chaque rencontre quitte à être parfois vilain. C'est alors que les grogniards Dany et Abdelhamid sortent du bois, que Disasi donne son maximum sur son côté malgré son mètre quatre-vingt-dix, que Mendy se déploie dans les airs et que la chance s'y met parfois. Tout n'est pas rose pour tout le monde mais la patte Guion c'est aussi que chacun se sent concerné. Un Mbemba par ci, un Bouhours par là... Il faudra bien entendu faire des choix à l'intersaison prochaine mais tous ont apporté leur pierre à l'édifice à l'image d'un Kamara baladé à plusieurs postes mais d'une générosité extraordinaire ! Ce groupe est heureux, ils ne sont bien entendu pas tous amis mais savent que c'est ensemble qu'ils sont en train d'écrire une bien belle page de l'Histoire du Stade de Reims.

Pyeongchang 2018, épreuve de luge. Sortie de Martin dans le virage 14.

Tactiquement, Guion a donc inculqué à ses joueurs cette soif de gagner du terrain mètre après mètre pour mieux marcher sur son adversaire. Des pressings hauts, des courses répétées sur 90 minutes, des dédoublements des latéraux en combinaison des appliqués et généreux milieux excentrés tels que Oudin ou Diego pour objectif de placer Pefok et Chavarria dans les conditions optimales de tuer les matchs les uns après les autres.

Des louanges, comment faire autrement avec 63pts en 27 matchs soit 2.33 points de moyenne ? Cela serait mal me connaître ! Mon tout petit, minuscule point négatif serait un questionnement sur sa gestion des remplacements. Son coaching est parfois à retardement comme lors de la défaite contre Lorient. Guion serait-il frileux à l'idée de déséquilibrer son bloc ? Pas forcément quand on voit qu'il fait régulièrement le choix de passer à trois milieux dans les vingt dernières minutes avec Ndom et trop rarement avec Mbemba, limité par son physique. Choix régulier et payant car le roseau rémois plie mais ne rompt pas. Réussite pragmatique à la Deschamps, maîtrise tactique ou limite à gommée au niveau supérieur ? La gestion d'un groupe de qualité supérieure l'an prochain, avec salaire et éventuellement égos plus élevés sera aussi à observer mais chaque chose en son temps, Guion est bien l'artisan principal, tant bien même sont-ce les joueurs qui évoluent sur le pré, de la réussite rémoise.

Guion et les supporters :

"Remettre les émotions au coeur du projet". Des mots forts qui dès la fin Mai 2017, séduisaient un public pourtant méfiant après des années de bouillie footballistique. Mais des mots qui ont fait mouche. Le mercato ne nous avait pas emballé plus que cela alors qu'à posteriori, Koné était une pépite que le LOSC de Bielsa a laissé partir en prêt pour prendre "Balli" Ballo Touré. Le pari Martin, même sur une jambe, traduisait l'envie de jouer un football technique même si ce n'est pas la priorité en Ligue 2. La suite de son discours visait l'ensemble de l'Institution rémoise. Sans l'apport de chacun, rien ne serait possible. "J’ai eu l’occasion de vivre des émotions avec la Ligue 1 à Delaune, je veux en revivre. Je pense que c’est important de les partager avec les supporters. On a besoin de retrouver du plaisir aussi. Déjà au quotidien, avec les joueurs et évidemment sur le terrain. Tout est lié. Le plaisir n’enlève pas l’exigence dans le monde professionnel : je pense que ça pourrait rejaillir sur Delaune, sur nos supporters et que de bonnes choses peuvent s’installer. Voilà ce sur quoi je veux surtout insister".

Guion est conscient que sans un minimum de jeu, les supporters ne suivraient pas. Bon, soyons honnête, l'affluence cette saison n'est pas folle mais c'est un travail de longue haleine que de regagner la confiance de milliers de personnes. Le froid, les matchs le vendredi 20h... et surtout la TV font que. Je ne vais pas vous la faire à l'envers, en fin de saison j'aurais probablement vu cinq ou six matchs à Delaune, le reste bien au chaud. Pourtant les joueurs remplissent leur contrat, ils jouent un football positif, tourné vers l'avant même si parfois il y a des rechutes techniques. Que faire de plus pour remplir davantage Delaune ? C'est une autre question, et Guion ne pourra pas faire beaucoup mieux de son côté. Le problème est plus global, touchant une grande majorité des clubs professionnels français.

Nicolas Lemaître en pleine lévitation...

En dehors de l'aspect comptable (je n'imaginais pas un sacre aussi évident cette saison), on voit une équipe solidaire, exemplaire et disciplinée à l'image de son coach qui transmet sa passion pour le football de manière ambitieuse et raisonnée à la fois. Le simple plaisir de réserver son vendredi soir pour regarder un match du SDR au stade, à la TV ou grâce à un lien streaming ouzbek est une étape en soi. Ne pas être au stade ne veut pas dire ne pas soutenir. Lens, Strasbourg... ont une autre culture du supporteurisme que la nôtre, l'ambition et l'exigence nous polluent parfois. Néanmoins, la réussite de David Guion et de ce Stade de Reims 2017-18 s'explique peut-être aussi par cette compréhension de ce qu'est l'ADN du supporter rouge et blanc, ambitieux et exigeant à la fois. Alors merci coach !

Thibaut - @OdaïrFortès7Fan

Liens et photos : le Télégramme, LFP, Wikipédia, L'Union, L'Hebdo du Vendredi, Bleu Stade de Reims, site officiel du SDR, So Foot et photos de Vincent Lapauw.