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Regard sur la saison 2018-19 du Stade de Reims.

Regard sur la saison 2018-19 du Stade de Reims.

A l’exception des supporters sedanais, tous les amateurs de foot s'accorderont pour dire que sur un plan purement mathématique, et pour la deuxième année consécutive, le Stade de Reims vient de clôturer une saison pleinement réussie. Les 55 points en sont la preuve. Avec ce nombre de points total, le Stade pulvérise ses stats récentes. Dijon étant barragiste avec 34 points, sans le savoir, le Stade était maintenu depuis la 23ème journée.

Le Stade a permis à ses supporters de vivre à nouveau une saison sereine et dépourvue de nuits blanches à calculer et recalculer des classements hypothétiques ; une saison sans scruter les différences de buts des autres équipes luttant pour éviter la relégation. Deux saisons de suite sans se ronger les ongles, quel bonheur !! Merci à Monsieur Guion et à son staff. En conséquence, ma vieille boite (fétiche) de cimétidine est restée dans son tiroir et mon flacon d’oméprazole (que j’ai amicalement rebaptisé MPZ en hommage à Michel) est en train de se périmer doucement… Mon ulcère gastrique appartient à l’histoire ancienne.

La première saison à l'étage supérieur d'un promu rime souvent avec "redescendu". A Reims, cette saison de promu a non seulement rimé, comme la saison dernière, avec "HyperU", mais aussi  et surtout avec "maintenu", tout comme avec "très bien défendu". En effet, le Stade a bien défendu avec ses 14 clean sheets et il s'est aussi très bien défendu dans cette compétition. Hélas, cette saison encore, la rime avec "victoire aux tirs aux buts" n'a une nouvelle fois pas été d'actualité.

Cependant le foot est un milieu ultra compétitif où qui n’avance pas recule… Impossible de se reposer sur ses lauriers. A l’intersaison, les 19 autres clubs ne manqueront pas de renforcer leurs points faibles et d'accentuer leurs points forts. A leur image, le Stade de Reims se doit lui aussi de progresser pendant la trêve estivale et de tirer les leçons des manquements observés pendant cette saison écoulée. Actuellement, l’humeur des supporters oscille entre sérénité (voir ci-dessus), amertume et inquiétude.


Pourquoi être amer?

Bien sûr la saison a été belle mais, cependant, sur la fin elle a un goût amer. Si les deux victoires acquises lors des 37ème et 38ème journées ont eu pour certains supporters un goût de cerise sur le gâteau, pour d’autres, elles ont surtout eu le goût caractéristique et amer de l’amygdaline contenue dans le noyau de la cerise. En s’approchant régulièrement de la sixième place, le Stade a fait naître dans l’esprit des supporters l’idée saugrenue qu’une qualification européenne pourrait -sur un malentendu, par un grand hasard, avec des si en encore des si- être éventuellement envisageable. Personne n’avait imaginé ce cas de figure en août dernier mais là, on y était. Les supporters du Stade, comme d’autres croisés très récemment, se sont mis à "rêver plus grand…" Après tout, on est le Stade de Reims, oui ou merde. La Coupe d’Europe, c’est aussi un peu nous… Le rêve n’a pas duré, le soufflé est retombé. Le goût amer est resté. Les supporters se feront une raison. C’est pas grave… Avec le temps, on s’est habitué…

Ce genre de situation m’a rappelé quand j’ai fêté mes 10 ans de mariage. J’avais organisé une fiesta avec une vingtaine d’invités qui du coup a pensé à m’offrir (et à ma femme) un cadeau. Le cadeau, on n’y avait pas pensé au début, on voulait juste se réunir pour le plaisir d’être ensemble avec la famille proche et les copains. Quelques semaines avant le jour de la fête, plusieurs invités nous ont téléphoné pour nous demander si on avait un passeport valide. Waouh ! Avec ma femme, on s’est mis à imaginer des choses… La Californie ? La Thaïlande ? Le Kenya ? Pas l’Australie quand même… Puis le jour de la fête est arrivé et le cadeau a été… un week-end au Center Parc de l’Ailette. Alors bien sûr qu’on était content, le cadeau on n’y avait pas pensé au début, bien sûr on a souri mais on a essayé surtout de faire bonne figure, de ne pas montrer notre déception. Pas de Lombard Street, pas de resto à Bangkok… Ouais, une huitième place, c’est bien…

 

Pourquoi être inquiet?

Le principal point fort du Stade a été sa défense pendant les 29 premières journées. Le principal point faible du Stade a été sa défense pendant les 9 dernières journées. Durant les 29 premiers matches, le Stade a encaissé 27 buts. Il en a encaissé 15 de la trentième à la trente huitième. A partir de la 29ème journée, la défense du Stade a clairement été frappée en plein vol et victime d’une panne de moteurs alors que son allure de croisière n’attirait jusqu’alors aucune inquiétude. Comment alors expliquer ce trou d'air soudain et ces turbulences défensives inattendues ? Comment éviter la répétition de ce phénomène ?  La signature du contrat avec Eva Air et ses experts en prévention des risques pourrait être envisagée comme un élément de réponse à cette question, je pense néanmoins pouvoir affirmer qu'il n'en est rien.

Les réseaux sociaux ont propagé la nouvelle : "les joueurs ont lâché". Mais ils ont lâché quoi (ou qui) ? Le coach ? Le Président ? Pas de réponse franche.

Le gros coup de mou ressenti dans la ligne arrière a aussi été expliqué dans la presse par l’apparition soudaine d’une fatigue physique et/ou psychologique. Tout le groupe (ou sa grande majorité) aurait simultanément été frappé d’asthénie générale physique et psychique après la 29ème journée, au retour de la trêve internationale. Bizarre ! En plus David Guion est connu et reconnu pour sa double compétence de coach sportif et de fin psychologue. Et il n’aurait rien vu venir… Cette défaillance est donc difficile à admettre. Pour couronner le tout, une suspicion de fatigue physique reviendrait à accuser directement Laurent Bessière, le Responsable de la Performance. Une suspicion de fatigue psychique et c’est tout le travail de Joël Trebern, le Responsable de l’Optimisation de la Performance Collective, qui serait remis en cause. On peut bien sûr nuancer les responsabilités en disant que la performance était là et que seule son optimisation était défaillante. A l’inverse, on peut demander comment optimiser quelque chose qui n’existe pas ? Toutes ces approches sont à envisager. Mais alors, la victoire à Bordeaux (peu motivé) et encore plus contre le PSG (pas du tout motivé) montrerait un regain autant inattendu que soudain de la performance optimisée des joueurs du Stade. Mouais… De quoi regretter fortement les prestations poussives et pitoyables des matches contre Nîmes ou Caen. Les loopings en fin de saison restent donc difficiles à justifier avec les éléments avancés pour le moment. Une autre explication peut surgir de la coïncidence entre ce coup de moins bien et l’ouverture de la période des négociations intenses sur la reconduction des contrats. Le coup de moins bien correspondrait à la manifestation d’inquiétude ou de mécontement de certains joueurs cadres sur leur futur… C’est peut être la construction à long terme (d’une saison à l’autre) de l’équipe qui fait défaut. Le petit jeu du poker menteur sur la reconduction des contrats à chaque fin de saison n’est peut être pas la meilleure méthode pour apporter la performance sur les dix dernières journées… Il conviendra donc d’identifier avec précision l’origine de ce coup de mou pour éviter que la saison prochaine le Stade reste encore collé au sol comme un vulgaire Boeing 737…

 

L’autre sujet d’inquiétude.

L’autre aspect à travailler pour continuer à vivre des saisons sereines est très clairement la formation. La Pro2 qui donne officiellement entièrement satisfaction a réalisé une saison moyenne au vu de la qualité annoncée de l’effectif et du recrutement pléthorique. Seul Dia a réussi à franchir le pas et à quitter l’antichambre. Piechocki a complètement disparu et, s’il figurait dans l’effectif pro initial, Pinson n’a joué 6 minutes avec les pro. Cassama arrivé en janvier n’a joué que 59 minutes en profitant de l’absence de Romao. Les Aktas, Nouvel, Aouladzian, Sissoko et autres Valentim n’ont jamais fait leur apparition avec les pro, pas même sur le banc. Pour le moment, la Pro2 semble surtout être une accumulation de jeunes joueurs préformés ailleurs, et plus en moins en souffrance dans leur club, avec l’espoir d’une bonne pioche qui permettra de rentabiliser les investissements consentis… La stratégie peut se défendre d’un point de vue économique mais elle est intellectuellement peu séduisante. La part du hasard semble encore importante. Si on ajoute la relégation des U19, la formation demeure donc un chantier en construction qui va demander encore de nombreuses années pour se mettre en place…

 

En absence d’une formation performante, le mercato reste le gros pôle d’espoir pour la saison prochaine. En 2018/2019, le mercato a apporté 3 très bons joueurs : Konan, Zeneli, Engels… pour lesquels les rumeurs d’un départ quasi immédiat n’ont pas tardé. J’espère qu’il ne s’agit que de rumeurs… Le trading, c’est un bon moyen pour motiver les joueurs sur quelques matches, pas sur une saison. Le mercato a aussi apporté Ojo et Suk. Du moment que la balance "qualité de recrutement" reste positive, tout va bien, mais à toujours vouloir jouer au plus fin, le risque est grand de se rater…

Pour la saison prochaine, les supporters attendent déjà des arrivées prestigieuses qui confirmeront les ambitions du Stade. Tous s’interrogent forcément sur les départs. Pour un club comme le Stade de Reims basant son modèle économique sur la formation, la porte ne devrait s’ouvrir largement pour un départ que si un jeune formé au club peut remplacer le partant. Sinon, pourquoi avoir créé la Pro2 ? Les trois mois qui viennent et les décisions sur les joueurs prêtés apporteront un début de réponse à cette question…

 

Jérémy Zedeprix - @Au2lN sur Twitter