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Vieillir comme le bon vin.

Vieillir comme le bon vin.

Vieillir comme le bon vin….

Adeptes de la course sur route, ce ne sont pas David Guion, Stéphane Dumont ou encore Laurent Bessière qui me contrediront. Quelque soit le type de compétition, la lutte pour les places d’honneur dans la dernière droite est une épreuve qu’il faut savoir maitriser pour figurer honorablement au classement final. C’est en quelque sorte une course dans la course. En hommes de chevaux, Stéphane Dumont (encore lui) et Mathieu Cafaro partagent à coup sûr mon analyse. De même, si on leur demandait, @odairfortes7fan et @sd_reims51 feraient un constat similaire, eux qui sont respectivement experts en cyclisme et biathlon. Par petit écran interposé, il est vrai ! Mais a-t-on besoin d’être un biathlète multi-médaillé pour parler biathlon ?  Je pose la question. Au passage, je tiens aussi à signaler que nommer deux des piliers du blog dans un article est un stratagème efficace dont j’use régulièrement pour me voir rapidement publié sur le fameux blog.

Mais revenons à nos Rouge et Blanc... 

Le compte à rebours va bientôt s’enclencher. La vingt-huitième journée du championnat de Ligue 1 s’annonce à l’horizon, elle dont le terme résonnera comme le lancement du sprint final de la saison 2019-2020. Ou encore comme le passage sous la flamme rouge du dernier kilomètre ou le tintement de la cloche annonçant le dernier tour de piste. Au soir de la J28, 94 des 114 points généreusement offerts chaque saison par la LFP auront été attribués. Seuls 30 petits derniers points resteront à répartir par équipe… A l’approche de la J28, il faut tout faire pour être placé tout en conservant suffisamment de ressources pour l’effort ultime. Au risque d’y perdre tout crédit.

En résumé, la J28 approchant à grands pas, il est temps pour le Stade de Reims de jouer des coudes s’il ne veut pas finir sur les genoux.

Bien sûr, un commentaire à J28 n’a aucune valeur en soi. Seule la position à J38 permet de rentrer dans l’Histoire. Ou pas ! Le temps de passage à J28, c’est comme le Bac blanc. Ou mieux encore, comme l’appréciation du conseil de classe un mois avant le Bac. Le seul truc qui compte, c’est d’avoir le Bac. A quoi bon avoir une excellente appréciation si on échoue au Bac ? De même, peu importe d’avoir une mauvaise appréciation si on décroche le Bac… Quoi que ! Dans ce dernier cas, l’appréciation fournit tout de même des indications sur les chances de réussite l’année suivante.

Pour revenir au Stade de Reims et continuer mon analogie, à J28, j’ai envie de donner au Stade de Reims la même appréciation que celle donnée par le prof de maths de mon fils juste avant les vacances : "Résultats insuffisants au vu de son fort potentiel". La fourberie d’un tel commentaire est un reflet merveilleux de l’ancienneté de Monsieur Profdemath dans le système éducatif français et de la totale maitrise de ses arcanes. "Résultats insuffisants". Aïe ! Personne ne peut se satisfaire d’une telle appréciation. L’avenir s’annonce morose, le doute s’installe. Mais vient "Son fort potentiel". Donc le champ des possibles est grand ouvert. Demain sera radieux. Demain appartient aux jeunes à fort potentiel, pas vrai ? Tout et son contraire dans une seule phrase. Quel talent !

A J28, les résultats du Stade de Reims se résument assez bien par cette formule : "Résultats insuffisants au vu de son fort potentiel". Savoir s’approprier le talent des autres est une qualité quand on veut réussir.

Commençons par le fort potentiel et à tout seigneur tout honneur : Rajkovic. Le gardien venu des Balkans via une traversée de la Terre promise a su faire oublier Mendy. Sa hargne et son talent ont conquis Delaune en moins de temps qu’il ne fallait à Suk pour passer de la ligne médiane à la ligne des 16 mètres adverses. Rajkovic est venu pour utiliser le Stade de Reims comme un trampoline et il s’y emploie complètement et efficacement. Son absence à Strasbourg s’est traduite par un cinglant 3-0 et a mis en évidence les limites d’un Nicolas Lemaitre qui devra passer l’oral de rattrapage pour me convaincre. 

Devant Rajko, la défense centrale en impose. La complicité de la paire Disasi-Abdelhamid impressionne au premier regard et sa grande qualité reste évidente même après examen approfondi. Vraiment, cette jolie paire n’a rien à envier à d’autres jolies paires qu’on peut entrevoir sur les télé-réalités de W9. Sur son côté Foket est un robuste défenseur à l’ancienne. Il ne court pas très vite, il ne dribble pas très bien, il centre souvent très mal et il possède une pitoyable détente verticale. Bref, c’est un défenseur à l’ancienne. Son fort potentiel tient surtout au fait qu’il est le seul à son poste cette saison. Le quatrième poste de défenseur revient le plus souvent à H. Kamara qui a poussé le perpétuel convalescent Konan sur le banc. Kamara peut jouer partout. Là où Guion l’appelle, Kamara répond présent. Kamara est toujours là, même là où on ne l’attend pas. Sa polyvalence fait sa force. Je n’aime pas l’image qui consiste à dire que Kamara est le couteau Suisse de l’équipe. Sans être un partisan inconditionnel du retour des frontières, par définition, le couteau Suisse ne peut être que Kutesa. Comme la saison dernière, seul Ojo personnifiait la crème Anglaise (mais surement pas la crème de la crème). Dereck peut aussi aisément être désigné comme le petit Suisse de l’équipe. Surtout vu qu’il est parfois aux fraises… Au diapason de la défense, le potentiel de Maresic est lui aussi certainement très fort. Avec la prolongation d’Abdelhamid et la signature de Faes pour la saison prochaine, même avec le probable de départ de Disasi, il y a fort à parier que le fort potentiel de Maresic restera encore un secret bien gardé pour quelques saisons.

L’évocation précédente de Kutesa nous amène naturellement à évoquer maintenant le fort potentiel du milieu de terrain d’où le solide et rugueux Romao a disparu ces dernières semaines pour être remplacé dans un rôle assez similaire par le léger et virevoltant Cassama. Les deux joueurs en effet se ressemblent puisqu’ils exercent sur les cartons (jaunes ou rouges) un pouvoir d’attractivité plutôt impressionnant.  Les discussions âpres de l’été dernier pour prolonger son contrat ont probablement fatigué prématurément Romao et il est naturel qu’il marque un peu le pas en ces temps de terrains gras. Son retour pour le sprint du printemps sera le bienvenu. Toujours au milieu, aux côtés de l’indéboulonnable Chavalerin, Munetsi joue son rôle de remplaçant de luxe. En matière de potentiel, Munetsi ravirait non plus un prof de maths mais un prof de physique. Il est l’incarnation du principe de la "différence de potentiel" dont, je le rappelle, la mesure se fait avec un oscilloscope. Ce qui illustre parfaitement l’aspect oscillant des performances de Munetsi. A se fier à leur faible temps de jeu pour le moment, Dingomé et Cafaro, de leur côté, seront d’une grande fraicheur pour le sprint final. A moins qu’ils ne se réservent leur immense potentiel pour une saison ultérieure….

Veuve de Zeneli, l’attaque se languit depuis bientôt 28 journées. Suk et Oudin sont partis cet hiver après une première moitié de saison médiocre. Aurait-elle été meilleure sans la blessure d’Arber ? Pour se mettre au diapason, et probablement désireux de connaitre les avantages de ce système de santé à la française que l’Europe nous envie, le Hollandais Sierhuis s’est blessé après 20 minutes de match. Il peut lui aussi détenir la clé du sprint final par sa fraicheur. De plus l’effet de surprise sur les défenses adverses jouera en sa faveur. Restent donc actuellement d’attaque Dia et Touré. Magicien, le Stade pourrait finir sa saison avec comme meilleurs buteurs deux attaquants de pointe qui ne lui ont pas couté un radis. Et il garde bien caché sous le tapis un Donis qui va couter plusieurs millions d’euro d’ici peu. Certes, Dia et Touré marquent encore beaucoup trop rarement, mais ils ont un fort potentiel et inscrivent parfois des buts essentiels, surtout sur penalty. Si Dia demeure le spécialiste du contrôle incontrôlé et si Touré est encore tendre, les deux ont ma confiance pour animer le sprint final. Vu la culbute financière qu’ils pourraient permettre en s’illustrant sur les dix dernières journées, Dia comme Touré peuvent apporter un sourire radieux sur le visage de Florian Prame. Sourire qui devrait perdurer grâce à Mbuku… 

Malgré ce long argumentaire illustrant le "fort potentiel", les résultats de l’élève Stade de Reims n’en demeurent pas moins insuffisants. Le jeu proposé à domicile comme à l’extérieur est d’un ennui total. A raison d’une purge par semaine, les supporters du Stade de Reims font finir par développer un syndrome du colon irritable... La tactique suivie par le Stade est trop souvent frileuse. L’accumulation progressive de points et donc la position assez satisfaisante au classement (autour de la huitième place) donne, dans l’absolu, en partie raison à ce genre de stratégie mais est-ce viable sur le long terme ? 

Chaque saison est différente et demain sera un autre jour, je connais le refrain mais si vous me demandez si le Stade de Reims peut se permettre de ne proposer qu’une version aussi minimaliste du football ma réponse sera oui. Hélas, mille fois hélas !

On le sait, pour jouer au football, il faut être deux. Le jeu déployé en Ligue1 est basé sur une absence de prise de risques. A être la seule équipe à en prendre, le Stade se ferait très probablement punir comme les équipes coachées par Furlan l’ont montré systématiquement. Alors qu’un jeu ultra réduit, basé sur un abandon du ballon à l’adversaire et quelques contres, paie. 

Rue de Vesle comme Place d’Erlon, le traumatisme laissé par 33 années de purgatoire et de sevrage de football de haut niveau est toujours présent. Si les supporters de Bordeaux ou de Rennes n’envisagent pas la descente en début de championnat, à Reims on en est toujours à viser le maintien. Au passage, l’exemple de Sainté cette saison démontre l’erreur d’analyse des supporters de Bordeaux ou Rennes. La Ligue1 est tellement frileuse qu’aucune équipe (hormis le PSG) n’est à l’abri d’une saison galère accompagnée d’une menace de descente. En conséquence, le maître mot à Reims est et demeure TSD : Tout Sauf la Descente. La qualité du jeu importe peu, l’essentiel est de rester dans l’élite. Tant pis pour les supporters. Tant pis si Delaune est désert. Contrairement à une idée répandue par les dirigeants du club, Reims représente un vrai vivier de supporters. Mais si j’exclus les acharnés qui venaient à Delaune encourager le Stade même quand il était en CFA car c’était le seul prétexte valable qu’ils avaient trouvé pour échapper à la messe, c’est un vivier qui a vécu très longtemps (33 ans) exclusivement avec du football télévisé. Rien que des matches de haut niveau : de la Ligue des Champions, des chocs de Premier League, des classico espagnols. C’est aussi un public qui a poussé sur le terreau des années prospères. Celles ou "Stade de Reims" se confondait avec "Équipe de France". Alors ces aficionados ne reviendront voir des Reims-Brest ou Reims-Dijon que lorsque les joueurs sauront faire des transversales tombant dans les pieds des partenaires et que les contrôles de balle seront d’une qualité acceptables. Jamais ils ne reviendront pour voir des séries de passes en retrait et des contrôles du tibia. Actuellement, ayons le courage de le dire, la manière est nettement insuffisante. Ce qu’on peut admettre d’un club à petit budget comme Nîmes est moins tolérable à Reims qui s’affiche comme un club ambitieux et générateur de talents. Et la politique qui consiste à vendre immédiatement le premier joueur bankable au plus offrant ne laisse pas entrevoir des lendemains chantants. Surtout si une partie de la vente des joueurs sert à payer le salaire de Mbemba ou Berthier. 

Mais je le répète, au final, le maintien est là. Mon mécontentement s’efface rapidement au souvenir de ces trois dernières saisons au cours desquelles je n’ai jamais connu l’angoisse du bas de tableau. Une montée et deux maintiens confortables. Ne faisons pas la fine bouche et gardons bien en tête que cette situation n’est pas nécessairement éternelle. Guion, l’artisan de ce succès, va être très sollicité en juin prochain. Le risque d’un départ "à la Fournier" doit être pris très au sérieux. Cette fois, le Stade semble avoir pris les devants et si une telle hypothèse devait se concrétiser, avec Dumont bientôt titulaire du BEPF et qui n’a jamais caché sa volonté de devenir coach principal, le Stade disposerait d’une alternative de valeur. En effet et contrairement donc à l’expérience précédente, Guion ne partirait pas avec son adjoint et si Dumont devait rester, il pourrait même continuer le travail qu’il a déjà accompli. Il nous démontrerait son fort potentiel…. 

Les clés du succès reposent sur un processus lent qui requiert méthode et savoir-faire. La méthode champenoise a déjà fait preuve de son efficacité dans un autre domaine. Pour progresser et aussi reconquérir le public rémois, le Stade de Reims va devoir gagner en maturité avec les années, son défi est de savoir vieillir… comme le bon vin.

@Au2lN - Auguste de l'Aisne