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Reims, ses diables et ses lions.

Reims, ses diables et ses lions.

Grâce à l'excellent site http://archivesreimsfootball.fr on peut remonter à 1935 et l'attaquant Emile Cafmeyer pour trouver la première trace d'un belge ayant porté les couleurs du Stade de Reims. Le premier néerlandais sera la légende Abraham Appel, auteur de 115 buts de 1949 à 1954 et Carlo Weis en 1982, le pionnier luxembourgeois. Il aura donc fallu attendre près de 40 ans pour que Reims renoue ses relations sportives avec le Benelux avec les arrivées successives des diables rouges Björn Engels et Thomas Foket. En 2020, les signatures de Wout Faes et Thibault De Smet sans oublier de citer l'anglo-écossais Fraser Hornby en provenance de Courtrai se sont enchaînées. Côté batave, le suédo-kosovar Arbër Zeneli, du SC Heerenveen et Kaj Sierhuis sont arrivés. N'oublions pas également de citer les dossiers supervisés par les recruteurs rémois à Courtrai (Terem Moffi), Groningue (Deyovaisio Zeefuik à deux doigts de signer à l'été 2019 si Rémi Oudin signait à la Fiorentina et Azor Matusiwa), Anderlecht (Saelemaekers) ou au Feyenoord (Tyrell Malacia) sans parler d'autres noms restés secrets...

Pourquoi, après des décennies a avoir tourné le dos au marché du Benelux, nous sommes-nous retrouvés à en faire le point d'ancrage de notre recrutement ?

La progression des joueurs avant le résultat ! Voilà la grande transformation de la Royal Belgian Football Association (RBFA), équivalent de notre FFF au début des années 2000, l’accent étant mis sur les compétences techniques et le développement de la jeunesse à une échelle nationale. Parce que la recherche de la victoire engendre la peur de perdre, et la crainte de prendre des risques. Et si l’on n'ose pas, on ne progresse plus déclarait Kris Van Der Haegen, responsable de la formation des entraîneurs professionnels belges dans un quotidien suisse en 2018. https://www.letemps.ch/sport/football-revolution-belge On peut également y lire qu'aucune fédération n’est allée aussi loin que l’Union royale belge dans la manière d’intéresser les enfants au football, de leur permettre de s’y épanouir, de progresser et, petit à petit, d’acquérir des compétences.

Björn Engels, pur produit de la formation du plat pays (KSC Lokeren à 9 ans puis le Club Bruges à 12 ans où il signera professionnel en 2012 et remportera deux Jupiler Pro League) est arrivé au Stade de Reims en provenance de l'Olympiakos où il avait déniché Alaixys Romao quelques semaines plus tôt. Pour ce transfert, la cellule de recrutement rouge et blanche s'est montrée opportuniste : il avait la volonté de rejoindre l'Angleterre d'où est originaire sa compagne [...] Dès que le mercato anglais s'est refermé, on est revenu à la charge déclarait Jean-Pierre Caillot qui donna sa parole de laisser partir le géant d'outre Quiévrain en cas d'offre... d'outre Manche (il disputa et perdit la finale de la Coupe de la Ligue 2020 avec Aston Villa et devrait malheureusement descendre en Championship à l'issue de la saison). Reims a, en une saison, réussi à faire progresser Björn, lui permettant d'atteindre son objectif personnel de jouer en PremierLeague, adoptant dans sa politique sportive des préceptes dont nous parlerons un peu plus loin dans cet article. Du gagnant-gagnant avec l'éclosion de Axel Disasi qui au contact du staff a, à son tour, progressé. Le fameux cercle vertueux qui espérons-le continuera avec Dario Maresic ou Wout Faes.

En plus de ce transfert malin et bénéficiaire sportivement comme économiquement, Reims alla chercher Thomas Foket à la Gantoise pour une somme de 3.5 millions€. Alors évidemment on peut ne pas aimer le style parfois frustre de Thomas, mais il participe depuis deux saisons aux excellentes performances défensives de la formation menée par David Guion. Son apport offensif manque d'instinct mais on n'a pas 2 sélections avec les diables rouges (+25 en équipes de jeunes) et un doublé championnat-supercoupe de Belgique 2015 sans mérite. A lui de progresser si il veut avoir une chance de revenir en sélection malgré la concurrence de Meunier ou Castagne.

Sympa la coupe de Witsel sur Tielemans !

La formation belge est donc a son meilleur niveau mais hormis le Club Bruges (trois titres de champion en cinq ans), aucun ne survit en Coupe d'Europe et ne peut garder ses meilleurs éléments. J'ai analysé le mercato des joueurs belges quittant leur championnat depuis 2018. Seuls sept transferts réalisés au dessus des 3.5 millions déboursés pour Foket avec Dendoncker aux Wolves (15.3M), Trossard à Brighton (20M), Saelemaekers au Milan (7.5M), les duos Verstraete - Bornauw à Cologne (4+6M) et Limbombe - Emond à Nantes (8+4M). Deux clubs français ont donc fait de la Belgique le coeur de leur recrutement. Le FC Nantes via un agent un peu spécial https://rmcsport.bfmtv.com/football/fc-nantes-mogi-bayat-s-explique-dans-l-after-sur-son-role-avec-le-club-1933825.html qui prend sa part au passage sur des transferts sans grand résultat (Limbombe, Appiah, Coulibaly et Emond pour la coquette somme de 17 millions€), Nantes oscillant entre la 9ème et 13ème place depuis 2017. A partir de 2018, le Stade de Reims, recruta Foket, Faes, De Smet et Hornby sur le marché belge pour un total légèrement au dessus des 9 millions€. Un troisième club, bien plus puissant, s'y met à son tour. Après Osimhem recruté pour 14 millions à Charleroi la saison passée (revendu prochainement au Napoli 81 millions€ !), c'est Jonathan David de la Gantoise et Sven Botman de Heerenveen (formé à l'Ajax...) qui vont rejoindre le LOSC pour une trentaine de millions. Evidemment l'avenir nous dira si les nouvelles recrues sont à la hauteur des espérances mais économiquement, le marché belge est largement profitable à la direction rémoise comparé a des joueurs français de niveau équivalent en Ligue 1.

En effet, par rapport à Wout Faes (formé à partir de 14 ans à Anderlecht), recruté pour 2 à 3 millions à Ostende et sa colossale expérience en équipe nationale des U15 aux espoirs (58 rencontres disputées et un capitanat dans chaque catégorie), Reims demande 15 millions pour Disasi à un an de la fin de son contrat ! Les centraux de l'Equipe de France espoirs sont tous inaccessibles financièrement (Kamara 27M, Upamecano 45M, Zagadou 31M, Konaté 40M). Le jeune voir très jeune joueur français est courtisé notamment par des clubs aux méthodes de recrutement ultra-poussées misant sur une détection hâtive. Les clubs de Salzbourg et Leipzig sous l'égide de Ralf Rangnick ont développé nos meilleures pousses en persuadant leurs parents et agents qu'ils joueraient tout en devenant des adultes accomplis. Développer un jeune à potentiel en Homme, footballeur de talent. Rangnick et ses disciples ont fait de ses joueurs des titulaires en Ligue des Champions à même pas 22 ans ! Reims est donc obligé de se tourner vers l'étranger et il le fait plutôt bien.

Suite au départ à Nice de Hassane Kamara au poste de latéral gauche pour 4 millions€, le Stade de Reims a choisi Thibault De Smet de Saint-Trond pour 700.000€. Une somme a priori faible pour l'autre diable rouge espoir (13 matchs depuis les U17). La doublure de Ghislain Konan, 22 ans doit gagner en temps de jeu (à peine vingt matchs de Jupiler Pro League qui s'explique par la présence du capitaine Asaré à son poste à la Gantoise où il fût formé depuis ses 14 ans) mais devra dans un premier temps apprendre dans l'ombre de l'ivoirien. Son profil polyvalent, capable de jouer milieu gauche comme Hassane Kamara, est également intéressant.

22 Verstraete (Cologne) 3 Bornauw (Cologne) 16 Saelemaekers (Milan) 4 Faes et 5 De Smet, nos deux rémois ! Dendoncker et Trossard ont eux déjà été convoqués par Roberto Martinez avec les A ! Reims attire donc quelques uns des meilleurs espoirs belges !

Que vient faire Johan Cruyff dans l'analyse du recrutement rémois ?

Un club doté d'un centre de formation (ou d'une post-formation) ultra-performant récolte les fruits de son travail. J'ai parlé plus haut du Red Bull Salzbourg, place à l'exemple ultime de l'Ajax Amsterdam.

L'Ajax et d'autres clubs néerlandais sont adeptes du Cruyffisme en instaurant un paradigme individuel (placer le joueur au premier plan). Le Cruyffisme ? 14 règles instaurées par la légende ajacide, du respect, à la personnalité en passant par la technique base de tout le reste. Cruyff est, comme il est relaté dans le livre de Ben Lyttleton, Manager United, le premier briseur de règles dans le football. Après un passé de joueur, il devînt entraîneur et façonna le centre de formation du club de la capitale néerlandaise. La technique y est plus importante que la puissance physique, l'intelligence l'emporte sur le physique, et le développement du talent demeure au centre de toutes les préoccupations. Tiens tiens, la Fédération belge ne se serait-elle pas inspirée du Cruyffisme pour réussir à son tour ? L'Ajax abandonna ses principes de jeu dans les années 2000 et ce n'est pas un hasard si le club, quadruple vainqueur de la Coupe d'Europe, connût alors une traversée du désert (aucun titre national de 2003 à 2011 !). Ce qui fît enrager Cruyff amorçant une "révolution de velours". Son idée ? Si l'Ajax n'a pas les moyens d'acheter de grands joueurs, pourquoi ne pas se tourner vers sa génération dorée pour les former ? Reprenant la direction du club avec ses protégés, il nommera alors Franck De Boer entraîneur (4 titres de suite de 2011 à 2014) et mît en place des méthodes de formation telles que faire jouer des joueurs a de multiples postes, jouer dans des catégories d'âges (6-11 ans, 12-15 ans et 16-19 ans) pour parfois être le plus âgé avec les responsabilités que cela implique (exemplarité, leadership...) ou le plus jeune pour se développer au contact de plus grand et plus fort que soit. Bref une méthodologie qui a fait de l'Ajax et du FC Barcelone via la Masia, deux équipes de légende.

La Fédération néerlandaise (KNVB) a donc, en travaillant autour des principes dictés par Cruyff et ses héritiers offert une formation idéale à Kaj Sierhuis (arrivé à 9 ans à l'Ajax). Il y remporta 3 titres de champion des Pays-Bas U17 et U19 et joua 116 matchs pour 79 buts et 13 passes. De quoi avoir une base technique certaine et attirer les regards des sélectionneurs des équipes U16 à Espoirs, avec 29 matchs et 10 buts inscrits. Leurs noms ? Aaron Winter en U19, 84 sélections pour les Oranje, une C2 et une C3 avec l'Ajax et Michael Reiziger en U21, 72 sélections et une C1 dans la mythique équipe de 1995 aux côtés des Van der Sar, De Boer et Kluivert et qui était déjà son entraîneur en équipe de jeunes à l'Ajax. Ce club produit tellement de talents qu'elle ne peut tous les faire jouer. Et c'est l'Eredivisie qui en profite, Kaj évoluait à Groningue (comme Zeefuik ou Matusiwa), Viergever (PSV), Botman (Heerenveen vers Lille) ou l'étranger (Wöber à Salzbourg, Sinkgraven au Bayer ou Bakker au PSG). Quelques noms limités à la période 2017-19 en plus de Sierhuis qui espérons-le, brillera en Champagne.

Kaj et Reiziger au centre en U21 (il est aujourd'hui l'adjoint d'Erik Ten Hag en équipe première)

La philosophie Cruyffienne coule dans les veines du football néerlandais, petit pays (17 millions d'habitants) qui a pourtant atteint la finale de la Coupe du Monde à trois reprises et a inspiré la fédération belge (11 millions d'habitants) comme évoqué plus haut avec pour récompense une troisième place à la Coupe du Monde 2018 et une première place au classement FIFA.

Quand on a moins de moyens, cela n'empêche pas d'avoir des idées ! De petits pays réalisent des exploits grâce à la formation de leurs joueurs et le Stade de Reims, qui grandit saison après saison, en profite par un réseau de recrutement en plein développement. Les rouge et blanc ont su, eux aussi, faire leur révolution de velours autour de David Guion, présent depuis presque 10 ans au club (de la formation à l'équipe A) et d'une cellule dirigée par Mathieu Lacour et Pol-Edouard Caillot drivant leurs scouts pour offrir au staff, l'effectif le plus approprié en rapport à ses objectifs et ses ambitions. Quand un club est bien géré économiquement et sportivement, de la formation à l'élite, il ne peut que progresser surtout à l'échelle de la Ligue 1. Et si on commence à attirer des joueurs venant des grands championnats tel Valon Berisha, on peut se dire que l'avenir est réjouissant !

@OdaïrFortès7Fan

Sources : Stade de Reims, ArchivesReimsFootball.fr, Transfertmarkt, Ben Lyttleton, Le temps, RmcSport, OM4ever.com, Christian Lantenois - L'Union, Kaagent.be, Soccernews.nl.